Note d’intention
Le brief
- Client
- Closeup (Unilever)
- Agence
- and us
- Production
- Bigfoot Films
- Marchés
- Émirats et Arabie saoudite
- Rôle
- Réalisateur et chef opérateur
- Livrables
- Films live, publicité et social
Pour ce projet, je voulais que l’humour passe par l’observation et non par le jeu. La version la plus drôle de cette histoire de fatigue des applications de rencontre est la version honnête. Une personne, son téléphone, et un intérieur où l’on sent que quelqu’un vit, filmés comme on filmerait un drame discret plutôt qu’un sketch. Les compteurs à l’écran portent la comédie pendant que la caméra reste avec ce qu’il y a dessous, les petits coups d’œil pleins d’espoir sur l’écran, la déception plate, la fatigue de recommencer. Le temps est l’autre rôle principal, alors le cadre reste immobile pendant que les heures s’effondrent dans le défilement.
Une journée dans la vie numérique
J’ai éclairé le jour et la nuit comme deux registres émotionnels distincts. Les intérieurs de jour sont chauds, une lumière de fin d’après-midi motivée qui traverse la pièce, le naturalisme domestique d’une maison plutôt que d’un décor. J’ai gardé des murs aux tons chauds et évité le blanc franc, pour que tout le cadre paraisse habité. La nuit inverse tout. Un ambiant bleu froid tient lieu de clair de lune et joue contre les sources chaudes du décor, si bien que les deux températures se séparent dans le même plan.
La nuit, c’est le téléphone qui travaille. Allongé sur le lit, le personnage est éclairé presque entièrement par l’écran, un lavis doux et mouvant sur le visage que j’ai façonné et contrôlé au lieu de le laisser à l’appareil. Cette lueur est le vrai signe émotionnel de toute la pièce, la lumière de quelqu’un seul avec un appareil.
Pour le temps, j’ai travaillé à la prise. J’ai traîné l’obturateur pour que la main et le défilement se fondent en mouvement, et tourné en intervalles pour qu’un cadre fixe compresse une matinée en quelques secondes pendant que la lumière traverse la pièce. Entre ces moments, je coupais sur des gros plans joués face caméra, et un plan en plongée du personnage à plat sur le sol, petit dans le cadre, pour laisser la solitude s’installer avant que le film ne bascule vers le rendez-vous.
Note du réalisateur
Gardez la personne vraie et les chiffres absurdes par-dessus commencent à piquer autant qu’ils font rire.
Les coulisses
Fiche technique
- Caméra
- Blackmagic Ursa Mini 4.6K G2
- Optique
- DZOFilm Pictor Zoom
- Lumière
- Aputure XT26, CS15, Nova, cadre 6×6
- Source de nuit
- Lueur de téléphone, façonnée sur rig
- Temps
- Obturateur lent et timelapse à la prise
- Cadre
- Trépied fixe, demi-large
Le rendu a été conçu au retour vidéo, pas rattrapé à l’étalonnage. J’ai travaillé aux fausses couleurs en permanence pour tenir exactement les expositions chaudes du jour et froides de la nuit, et équipé une source douce pilotable à hauteur du téléphone pour que la lueur d’écran devienne une lumière que je pouvais modeler.
La grammaire fixe était voulue. Un trépied verrouillé et des tableaux en demi-large, le sujet installé dans la pièce plutôt que poussé vers la caméra, pour que les compteurs animés aient de la place dans le cadre et que l’immobilité fasse le rythme comique.
Inspirations
Le film est plus proche d’un drame discret que d’un sketch. La blague, c’est le décompte qui grimpe des balayages et des silences qu’une personne encaisse pour arriver à un seul rendez-vous. C’est parce qu’on joue le personnage au premier degré, chez lui, que la blague fonctionne au lieu de basculer dans la publicité sur la publicité.
La référence, c’était le quotidien observé, des cadres fixes en demi-large, une maison où l’on sent que quelqu’un vit, et le temps compressé à la prise pour que les heures disparaissent dans le défilement. La chaleur du monde et la froideur du téléphone portent le passage de l’espoir à la fatigue, et retour.
Références
- Registre
- Naturalisme domestique, une journée type
- Jour
- Lumière chaude de fin d’après-midi, motivée
- Nuit
- Clair de lune froid, sources chaudes
- Dispositif
- L’écran du téléphone comme seule source